Des applis mobiles au service des sans-abri

Crédit : Entourage

Le nombre de sans-abri a doublé en dix ans. Face à ce constat, l’entraide apparaît comme une solution. Plusieurs applications mobiles permettent d’agir en leur faveur, d’aller à leur rencontre. Quand la technologie se met au service de la solidarité…

La Fondation Abbé Pierre estime que 143 000 personnes sont sans domicile fixe en France, dont la moitié en Ile-de-France. Avec une espérance de vie de 49 ans en moyenne, ils sont extrêmement vulnérables et d’autant plus en période estivale, contrairement à ce que l’on pourrait croire… « La chaleur brûle les pieds de ceux qui marchent pieds nus, et favorise maladies et infections », précise Aïda Demdoum, créatrice de l’application Homeless Plus et présidente de l’association du même nom. Enfance difficile, accident de la vie, difficultés financières… Leurs histoires sont différentes mais la chute, elle, est bien la même.

Mais qu’est-ce que c’est un « sans-abri » au juste ? L’Institut national de la statistique et des études économiques (Insee) le définit comme une personne « qui dort dans un endroit non dédié à l’hébergement de façon habituelle » – par exemple dans la rue. A la différence du  sans-domicile, qui « a recours à un service d’hébergement ou dort dans un lieu non prévu pour l’habitation ». Le sans-abri, c’est cet homme que vous croisez tous les matins en allant au travail, cette femme qui vous tend la main à la sortie de la boulangerie, et ces 30 000 enfants qui continuent à rire malgré la faim, la soif…

Ils font presque partie du paysage. On passe parfois devant sans y prêter attention, on continue à vivre dans l’indifférence la plus totale, alors que l’on pourrait agir. « Les sans-abri sont de plus en plus jeunes, il y a de plus en plus de femmes, et pourtant, les gens sont de moins en moins choqués », se désole Aïda Demdoum. Depuis plusieurs années, des solutions permettent d’aider son prochain, en fonction de ses moyens. Membres de la génération X et Y, vous disposez tous d’un téléphone portable ou d’un ordinateur. Ça tombe bien, c’est tout ce dont vous avez besoin ! Un brin de technologie, une poignée d’envie, le tout sur un fond de solidarité.

« Avant même de vouloir manger, les sans-abri ont surtout besoin de parler »

Plusieurs applications mobiles gratuites permettent de lutter contre l’exclusion sociale. C’est le cas de Homeless Plus, qui a reçu le prix de l’application 2016, un an après sa sortie. Depuis, elle a été téléchargée plus de 12 500 fois et a permis d’aider 6 500 sans-abri. « C’est un outil à destination de toute personne qui souhaite aider et/ou être aidée, résume Aïda Demdoum, la créatrice. De nombreuses personnes souhaitent apporter leur contribution mais n’osent pas car elles ne savent pas comment s’y prendre. L’appli sert de passerelle et permet de les aborder en douceur. Vous pouvez l’installer et eux aussi. » Une fois que c’est fait, vous pouvez localiser les sans-abri, avec leur accord, et les décrire en quelques clics.

Trois informations suffisent : le sexe, l’humeur et les besoins de chaque personne. Ces indications servent à apporter des ressources adaptées à chacun. Les femmes recevront par exemple un kit d’hygiène spécifique. Quant aux besoins, ils varient d’une personne à l’autre. Certains demandent de la nourriture, de l’argent, des vêtements, et d’autres désirent une discussion plus que toute autre chose. « 95 % du temps, c’est d’un simple échange dont ils ont besoin ! », rétorque Aïda. « Un bonjour ça vaut 100 sandwiches ! », assure Pierrot, sans-domicile. Parler, rencontrer de nouvelles personnes pour retrouver un semblant de vie sociale… « Que vous puissiez donner ou pas, le simple fait se rapprocher d’un sans-abri et de le géolocaliser permet aux personnes des alentours, aux associations, aux commerçants et aux collectivités de lui venir en aide », rassure la présidente de l’association.

A contrario, certains refuseront votre aide et il faudra respecter leur choix. « Il ne faut pas agir contre leur volonté, reprend Aïda Demdoum. Ils estiment qu’ils peuvent se débrouiller seul. C’est leur droit, ne le prenez pas personnellement et ne les jugez pas, vous ne connaissez pas leur histoire… Certains préfèrent simplement entrer ces données eux-mêmes dans leur téléphone. »

Une question s’impose alors : comment des personnes isolées aussi bien socialement que numériquement, peuvent-elles avoir un smartphone ? « Nous les équipons, explique Aïda Demdoum. Plus précisément, les membres de l’association distribuent des téléphones lors des maraudes. De nombreuses personnes nous en envoient par courrier ou nous les déposent. » Un recyclage solidaire ! Mais Aïda ne se contente pas de cela et a des projets plein la tête. « Nous sommes en train de négocier avec des opérateurs mobiles pour créer un forfait de solidarité qui permettra aux sans-abri d’appeler et d’avoir accès à Internet en illimité, pour ceux qui n’en bénéficient pas déjà. Nous sommes également en train de mettre en place des bornes où les gens pourront déposer leurs portables ».

L’association mène des actions dans toute la France : à Paris, à Marseille, en Charente-Maritime… Plusieurs maraudes sont effectuées chaque week-end au cours desquelles 70 bénévoles distribuent de la nourriture, de l’eau, des kits d’hygiène, des couvertures, etc. D’anciens sans-abri se joignent à ces maraudes, aux côtés des bénévoles, ou distribuent des flyers pour faire la promotion de l’application. Ces missions leur permettent de retrouver une vie sociale et de reprendre le chemin de leur indépendance.

Entourage : un réseau social et solidaire pour rapprocher riverains et sans-abri

Offrir un repas chaud, donner des vêtements, des produits de beauté, permettre à un sans-abri de prendre une douche, l’emmener au cinéma, et depuis quelques semaines, regarder la coupe du monde ensemble… ces initiatives sont proposées chaque jour sur l’application Entourage. Elle vous permet de devenir acteur du changement grâce à des gestes simples. Plus de 40 000 membres ont participé à l’élaboration de près de 3 200 actions solidaires. « A l’origine, Entourage est un réseau solidaire en faveur des sans-abri. L’application a été créée en 2014 pour mettre en lien les acteurs d’un même quartier (voisins, sans-abri, associations)», résume Claire Duizabo, directrice de la communication.

L’application s’adresse donc à trois cibles. Le grand public, à savoir 85 % des utilisateurs, peut proposer de l’aide pour des démarches administratives ou pour rédiger un CV par exemple. Les associations peuvent relayer des actions telles que « L’armée du Salut a besoin de deux volontaires pour distribuer un repas demain soir » ou « Emmaüs organise une collecte de duvets ». Pour finir, les sans-abri équipés de téléphones expriment eux-mêmes leurs besoins. « Près de 30 % d’entre eux sont munis de téléphones », estime-t-elle. Ils envoient des messages tels que « Je voudrais des croquettes pour mon chien », ou encore « Je n’ai pas envie de passer mon anniversaire seul ». « Nous n’encourageons pas les riverains à accueillir des sans-abri chez eux car cela peut donner lieu à des situations compliquées et des déceptions, éclaircit Claire Duizabo. Leur rôle consiste à intervenir dans le cadre de dépannages ponctuels. Pour des changements sur le long terme, nous réorientons les sans-abri vers des associations. Notre travail ne remplace pas le leur, nous sommes complémentaires. »

« Super initiative accessible à tous ! félicite Christophe, 27 ans. Je croise souvent des gens qui dorment dans la rue près de chez moi mais je ne sais jamais comment les aborder. J’aimerais pouvoir les aider mais je ne sais pas comment faire. » Pour Emmanuelle, 50 ans, c’est « la peur de déranger » qui prime. Des réactions courantes qui ont donné l’idée au réseau Entourage de créer le guide « Simple comme bonjour ». Le but : donner des conseils concrets pour aller au-delà de ses appréhensions et engager la conversation. Faire un simple sourire, dire bonjour et ne pas détourner le regard… « Le pire dans la rue, c’est le sentiment d’être invisible, d’être ignoré », témoigne Elina Dumont, ancienne SDF. « Sur 3 000 personnes, seules deux me disent bonjour », se désole Cyril, sans-abri.

Avis aux Parisiens ! Il existe un autre guide, spécialement conçu pour vous : « le guide solidarité Paris », disponible dans votre mairie ou sur Internet. 146 pages consacrées à des informations précieuses pour les sans-abri : lieux d’accueil et d’hébergement, centres de santé, structures d’aide à la réinsertion professionnelle, aides alimentaires, ainsi que les associations qui peuvent les soutenir dans leurs démarches. Il répond ainsi à des questions telles que « Vers quelle structure me tourner si j’ai un handicap ? », « Que faire si je suis victime de violence ? », et même « Comment bénéficier d’une aide juridique ? ». Et bien oui, car la loi exige que toute personne quel que soit son âge, sa condition ou sa nationalité, connaisse ses droits et ses devoirs. Des consultations gratuites sont donc proposées pour vulgariser des notions parfois complexes.

Tout comme Homeless Plus, Entourage mène des actions dans plusieurs villes de France : Paris, Lyon, Grenoble, Lille, et bientôt Rennes. « Nos missions : réveiller les consciences humaines, engager chacun à changer son regard sur l’autre et proposer de nouveaux outils pour articuler efficacement la solidarité de proximité », indique la directrice de la communication. Tout comme celle d’Homeless Plus, l’équipe se compose de salariés et de bénévoles. Certains ont connu la difficulté de la rue, d’autres y sont toujours confrontés, alors cela leur permet d’avoir une activité et de contribuer au développement de l’application avec un regard différent. Autre membre du staff : un travailleur social. Il veille à la protection de vos données personnelles afin que vous puissiez communiquer en toute sérénité ! En cette période de mise en place du RGPD, il semble important de le souligner.

Toutes ces initiatives visent à réduire l’exclusion sociale et à faire tomber les barrières de la différence, par le biais de la technologie. « De plus en plus d’actions solidaires se mettent en place, espérons que ça dure ! », souhaite Aïda Demdoum. Et à Claire Duizabo de conclure : « Il ne tient qu’à vous de les faire perdurer. Nous sommes tous une partie de la solution, nous les habitants ! »

 

En savoir plus

  • Le site de l’association Homeless Plus

http://homelessplus.com

 

  • Le site du réseau Entourage

https://www.entourage.social

 

  • Le guide « Simple comme bonjour »

http://www.simplecommebonjour.org

 

  • Le guide « Solidarité Paris »

https://api-site.paris.fr/images/87884

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